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L'après Chalk River

Caroline Barrière, Le Droit - Friday, May 22, 2009

L’arrêt de production d’isotopes médicaux au réacteur nucléaire de Chalk River en Ontario n‘étonnera personne. Le plus vieux réacteur du genre au monde éprouvait déjà de sérieux problèmes de santé, à tel point que des ingénieurs estiment aujourd’hui, qu’après 52 années en service, il est peut-être temps de le mettre au rancart.

Ce constat lucide suscite une pléthore de questions qui demeurent sans réponse quant à la suite des choses. Comment se fait-il qu’aucune solution de rechange à long terme ne soit actuellement à l‘étude pour remplacer l’appareil qui produit plus de la moitié des isotopes utilisés dans les appareils d’imagerie médicale au monde? Qu’en est-il du projet de réacteurs MAPLE qui a été abandonné en 2008 et dont l’objectif était d’accroître la production? Où est le plan B qui permettrait de répondre à la demande, et ce, dans des délais raisonnables? Qu’adviendra-t-il des 20 millions de personnes qui ont besoin de ces radio-isotopes dans 80 pays?

Un réacteur vétuste

Rappelons les faits. Énergie atomique du Canada limitée (EACL) avait laissé savoir, la semaine dernière, que le réacteur NRU des laboratoires de Chalk River avait été mis hors service après une panne de courant survenue dans l’est de l’Ontario et l’ouest du Québec. Le réacteur est situé à 150 kilomètres à l’ouest d’Ottawa. Pendant une inspection, les experts ont découvert une fuite d’eau lourde. EACL prévoyait que les travaux de réparation prendraient au moins un mois, mais il s’agissait d’une prévision optimiste. Il est probable que ce délai soit plutôt de plusieurs mois et des ingénieurs estiment que le réacteur pourrait ne jamais être réparé compte tenu de sa vétusté.

Même si tel était le cas, il n’en demeure pas moins que le problème est loin d‘être résolu. Les autorités fédérales naviguent à courte vue depuis plusieurs décennies. Et même s’il existe des plans pour prolonger de 10 ans la durée de vie du réacteur, nous sommes en droit de demander quels sont les risques qui y seraient associés. Comment est-il possible d’accepter un tel laxisme à la lumière des récents événements?

Déjà en 2007, la Commission canadienne de sûreté nucléaire avait recommandé la fermeture du réacteur en invoquant des raisons de sécurité. Cette situation avait provoqué une pénurie d’isotopes pendant près de six semaines, mais le gouvernement de Stephen Harper avait renversé cette décision en affirmant qu’il n’y avait pas de risque d’incident nucléaire. Il avait, par le fait même, obtenu la démission de la présidente de la Commission, Linda Keen, qui s’opposait au redémarrage.

À la suite de cette crise, le gouvernement conservateur avait mandaté un comité pour étudier la question. Les conclusions étaient faciles à prévoir: il faut construire d’autres installations pour produire des isotopes. Mais la facture s‘élèverait à 800 millions de dollars pour un nouveau réacteur, une somme qui semble freiner la recherche de solutions.

En plus des retards et des annulations qui sont à prévoir dans les hôpitaux, et qui toucheraient 3000 Canadiens par jour selon la Société canadienne de médecine nucléaire, les prix des isotopes sont déjà de deux à trois fois plus chers depuis qu’un fournisseur a décrété une hausse de ses tarifs tout juste avant la fermeture du réacteur.

Inertie «inquiétante»

L’inertie des politiciens n’est nullement rassurante pour la population, notamment quand le ministre fédéral de l’Industrie, Tony Clement, juge la situation «inquiétante». Il a même reconnu qu’il fallait que le Canada puisse se doter d’un plan à long terme. Pour l’instant, le pays devra se contenter de travailler avec les producteurs d’isotopes.

Dans l’immédiat, il n’y a donc pas d’issue pour le monde médical qui ne comprend pas l’immobilisme du gouvernement devant une crise anticipée qui peut rapidement se transformer en catastrophe. Si la pénurie perdure, il faudra alors se tourner vers l’Europe pour s’approvisionner. Mais il ne faut pas croire que l’on nous accordera un traitement de faveur en raison de la demande mondiale pour ce produit.

Le Droit


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