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Eaux usées: Ottawa veut mettre les villes au pas

François Cardinal, La Presse - Friday, September 01, 2006

Préoccupé par le déversement d’eaux usées dans les cours d’eau du pays, le gouvernement Harper planche sur un plan d’action « rigoureux » pour mettre les villes au pas, a appris La Presse.

Montréal serait une des villes visées par cette future réglementation, car elle rejette directement dans le fleuve, chaque jour, des eaux bourrées de produits chimiques, selon les écologistes.

Des discussions sont en cours entre Ottawa et les provinces afin d’établir de nouvelles normes pancanadiennes que l’on souhaite « plus sévères » que celles du précédent gouvernement libéral.

« Le gouvernement va s’attaquer aux rejets de polluants dans l’eau car il s’agit d’un problème important, a indiqué une source désirant garder l’anonymat. Plusieurs villes dans la région d’Ottawa, par exemple, déversent directement leurs eaux usées dans la rivière des Outaouais. Même chose à Victoria, à Halifax, etc. Il faut agir. »

Montréal aussi ferait partie des cancres. Si l’on en croit le Sierra Legal Defence Fund et le Conseil régional de l’environnement de Montréal (CRE-M), la métropole québécoise a un triste bilan en matière de déversement des eaux usées.

«Montréal continue encore aujourd’hui à déverser chaque jour, dans le fleuve, des milliers de produits chimiques», note Coralie Deny, du CRE. Les responsables: les mauvais raccordements d’égouts, les fosses septiques peu entretenues de l’Ouest-de-l’Île et l’étroitesse de certains bassins de rétention d’eau qui débordent lors des jours de grande pluie.

Le Sierra Legal Defence Fund, qui déplore aussi ces déversements, soutient pour sa part que le traitement minimal appliqué aux eaux usées par Montréal est tout simplement insuffisant pour assurer la qualité de l’eau du fleuve. C’est d’ailleurs ce qui a incité l’organisme à donner un F à Montréal dans son dernier bulletin annuel des eaux usées, remis en 2004.

Deux ans plus tard, les choses ont-elles changé? «Aux yeux de l’organisme, c’est certain que nous n’avons toujours pas évolué, reconnaît Amélie Régie, porte-parole de la Ville. Il est en désaccord avec le procédé de traitement des eaux que nous avons choisi.»

La Ville a en effet décidé, il y a plusieurs années, de traiter son eau, mais de ne pas la désinfecter. Bien que des essais pilotes soient en cours depuis 2005 pour changer la situation, rien de permanent n’a encore été fait.

Résultat: environ la moitié des polluants que l’on retrouve dans les eaux usées sont retirés à l’usine d’épuration, tandis que l’autre moitié va directement dans le fleuve Saint-Laurent, selon Mme Deny.

«On retrouve entre autres de l’arsenic, du plomb et du mercure dans les eaux déversées, dit-elle. Et c’est sans compter les médicaments et les hormones qui suivent le même chemin. Ce sont des centaines, voire des milliers de produits chimiques qui se retrouvent ainsi dans le fleuve.»

Faisant référence aux chiffres publiés hier dans La Presse qui montrent une hausse des rejets de polluants au Québec et en Colombie-Britannique, une source gouvernementale a confié qu’ils confirmaient «l’importance, dans la foulée du Plan vert, de s’attaquer à la pollution de l’eau».

Nous faisions état, hier, de la place peu enviable qu’occupe le Québec sur le continent dans le dossier des rejets polluants. Pendant que l’Amérique du Nord baissait ses rejets de substances toxiques et cancérogènes de 20%, entre 1998 et 2003, le Québec les haussait de 18%. Il s’agit de produits rejetés par l’industrie dans le sol, dans les sites d’enfouissements et également, dans l’eau.

Ce texte a d’ailleurs fait réagir l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLP). «Le Québec fait beaucoup de belles déclarations, de beaux engagements, mais qui s’assure du suivi sur le terrain? Personne. C’est ce que confirme ce rapport», a dit, cinglant, le président de l’Association, André Bélisle.

Il rappelle que le Québec a été un leader en cette matière au début des années 90, alors qu’il est aujourd’hui dans le top 5 des endroits sur le continent où les hausses ont été les plus importantes. «C’était prévisible, ça n’est pas moins désolant», a-t-il lancé.

Notons que le ministère de l’Environnement, contacté lundi, n’a toujours pas rappelé La Presse. Précisons aussi que le cabinet du ministre Claude Béchard, contacté en matinée hier, n’a pas non plus répondu aux appels de La Presse.

La Presse
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