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Gatineau a beau se targuer d’être la quatrième plus grande ville du Québec, elle compte encore près de 200 citoyens qui s’approvisionnent en eau… à même la rivière des Outaouais.
Les riverains du chemin du Fer-à-Cheval, dans le secteur Masson-Angers, ne peuvent pas boire l’eau qu’ils tirent, été comme hiver, de la rivière. Des études gouvernementales l’ont jugée impropre à la consommation par le passé.
Depuis vingt ans, ils réclament sans succès que la ville leur achemine l’eau potable par aqueduc, un trajet de 6 kilomètres. Une nouvelle fois, ils reviennent à la charge, mieux organisés que jamais.
«C’est frustrant de voir que nos taxes servent à payer des services en culture, en loisirs au reste de la ville, alors que nous, nous sommes toujours privés d’eau potable, un besoin essentiel et urgent», dit Ginette Lemay, présidente de l’Association des résidents du Fer-à-Cheval.
Sur ce magnifique chemin boisé, d’anciens chalets côtoient des résidences de luxe et des roulottes rudimentaires. La route longe la rivière des Outaouais sur cinq kilomètres, à l’est de la traverse Masson-Cumberland.
La dernière tentative pour obtenir l’aqueduc remonte à 2001. Un échec. À l’époque, les coûts de raccordements étaient évalués à 1,5 million $. Le gouvernement du Québec a refusé de participer financièrement, sous prétexte que la zone était inondable et en dehors du périmètre d’urbanisation.
Les citoyens tentent à nouveau leur chance, convaincus que les auspices sont plus favorables. Québec et Ottawa conclueront bientôt une nouvelle entente interprovinciale à propos de Chantiers Canada.
«Un des critères du programme est de donner accès à l’eau potable à tous les Canadiens, dit Mme Lemay. Mais pour obtenir de l’argent, il faut que la ville fasse une demande. C’est pour cela que nous reprenons nos démarches. Jusqu’à maintenant, la collaboration avec la ville est bonne, le maire a accepté de rouvrir le dossier.»
En attendant, l’association ne chôme pas. Un sondage a été réalisé auprès de 179 résidents du Fer-à-Cheval. Une forte majorité, 90 %, ont signé la pétition pour obtenir de l’eau potable.
À cause de l’impossibilité de creuser des puits artésiens, les résidents du Fer-à-Cheval s’approvisionnent à la rivière, été comme hiver.
Pour tirer leur eau de la rivière et la purifier, les résidents se sont équipés de toutes sortes de systèmes, des plus rudimentaires aux plus sophistiqués. Certains ont investi jusqu’à 15 000 $ dans des systèmes aux ultraviolets.
«Malgré tout, même ces gens là ne peuvent pas boire l’eau de la rivière», dit Mme Lemay.
Ceux qui s’y risquent s’exposent à des ennuis de santé. En 2006, deux enfants ont été contaminés à la bactérie e-coli. Les cas de gastro-entérites sont fréquents, révèle un sondage auprès des résidents.
Même les douches ne sont pas sans risque, comme en témoignent les peaux irritées ou asséchées. Robinets, lave-vaisselles et machines à laver subissent quant à eux un vieillissement accéléré.
C’est sans compter les questions de sécurité. Le secteur n’est pas desservi par des bornes d’incendie. En cas de feu, les pompiers s’approvisionnent eux aussi à la rivière.
«Mais qu’arriverait-il en plein hiver, quand la rivière est gelée? Le temps de creuser un trou dans la glace, la maison a le temps de brûler dix fois», dit Mme Lemay.
Le Droit